AVANT LA PREUVE
Présenté dans le cadre de l’exposition collective Au contact des archives, Avant la preuve est né d’une réflexion sur ce qui fait trace, et sur ce qui nous conduit à considérer une trace comme une preuve.
Trois pistes ont nourri le travail : l’anarchive, qui interroge ce qui échappe à la fixation et au classement ; Borges et Le Jardin aux sentiers qui bifurquent, avec l’idée de plusieurs récits possibles ; et la physique quantique, où plusieurs états restent possibles avant l’interaction avec l’environnement.
De là sont nés ces faux fossiles.
Présentés comme des spécimens scientifiques, les quatre premiers tirages empruntent aux codes de l’inventaire et de la documentation. Pourtant, quelque chose ne fonctionne pas tout à fait : anomalies, formes impossibles, traces dont l’authenticité reste incertaine.
Le deuxième ensemble reprend cette recherche mais brouille progressivement l’image. La forme devient moins identifiable, le document perd sa fonction de preuve et laisse davantage de place aux hypothèses.
Puis vient le nodule, seul. Il pourrait contenir une trace, un fossile, quelque chose à découvrir. Mais pour savoir ce qu’il renferme, il faudrait l’ouvrir — et donc le détruire.
Avant la preuve se situe ainsi dans cet espace fragile où une chose peut encore être plusieurs choses, avant que le regard, l’identification ou la connaissance ne viennent arrêter une possibilité plutôt qu’une autre.
De faux fossiles prennent les apparences de spécimens scientifiques, tandis qu’une seconde série brouille progressivement leur lisibilité.
Le parcours se termine avec l’image d’un nodule fermé : quelque chose peut être contenu à l’intérieur, mais pour le découvrir il faudrait le détruire.
Entre hypothèse, identification et incertitude, Avant la preuve propose ainsi un espace où plusieurs interprétations restent possibles avant que le regard ne transforme l’une d’elles en certitude.