GENEALOGIE
Ce projet est né d’un constat personnel : l’absence quasi totale de documents, d’images et de récits transmissibles au sein de ma propre généalogie. Dès la deuxième génération, l’histoire de mes aïeux s’estompe, se dissout dans des archives lacunaires et des souvenirs fragmentaires. À partir de ces traces ténues, j’ai reconstruit ma lignée en mêlant archives, documents historiques, souvenirs et récits filandreux.
Au centre de cette enquête se trouve Pauline, une ancêtre dont l’existence a d’abord été invisible dans les registres — comme tant d’autres femmes de la fin du XIXᵉ siècle. Elle incarne, pour moi, non seulement une figure singulière, mais aussi le sort commun à de nombreuses femmes issues de milieux ruraux, contraintes de quitter la Bretagne pour Paris à la recherche de travail, souvent dans des conditions précaires qui les exposaient à des formes de domination sociale, domestique et sexuelle.
L’histoire que je raconte mêle réalité et fiction : des documents d’archives croisent des récits littéraires et des ressentis personnels. Les images elles-mêmes — produites à partir de prompts d’intelligence artificielle, de photographies prises in situ et de montages — traduisent ce rapport fragile à l’origine, à l’absence, à la mémoire manquante.
Dans cette série, l’image ne se contente pas d’illustrer un passé : elle devient un indice, une surface où affleure ce qui a été oublié ou refoulé. L’histoire de Pauline est en même temps l’histoire de toutes celles qui ont vécu dans l’ombre des récits dominants et qui, aujourd’hui encore, subissent des formes d’exploitation domestique et sociale.
Les photographies présentées sont issues de « prompts » fournis à une intelligence artificielle (DALL·E) en 2023, retravaillées sous Photoshop et DxO Photolab7, de clichés pris sur place et de montages Photoshop.
Cette série de photographies a été montrée lors de l’exposition « Toutes Sortes de Révoltes » aux Passerelles à Pontault-Combault en octobre-novembre 2024.
Epilogue.
Tout ceci n’est pas du passé !
Ce type d’esclavage persiste aujourd’hui dans notre pays.
Selon l’Organisation internationale du travail, ils sont environ 129 000 à être dans cette situation en France.
Pour ce qui est de l’exploitation domestique uniquement, en 2021 il y a eu 192 affaires déclarées à la police/gendarmerie ou au procureur. Ceci ne représente que la partie émergée des infractions et crimes, le reste est caché dans le silence feutré des salons et dans la touffeur des arrières-cuisines. Menaces de mort, rétention des passeports, difficultés linguistiques, séquestration ne permettent pas aux victimes d’accéder aux autorités pour faire valoir leurs droits.
(Sources : Rapport de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF) et le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI).
Site du Comité contre l’esclavage moderne (CCEM) http://www.esclavagemoderne.org/2022/04/14/en-2022-des-familles-ont-des-esclaves-a-domicile-en-france-14-04-2022/).
















