DISPOSITIFS DE TRANSFORMATION DE L'IMAGE

Mon travail part souvent de phénomènes simples : un signal, un geste, un détail presque invisible. Quelque chose se produit, traverse un dispositif, laisse une trace. Je recueille ces traces et les transforme en images.

Ces dispositifs — surface de faïence, logiciel, algorithme — agissent comme des médiateurs. Ils traduisent, déforment ou interprètent ce qui leur est donné.

Une surface réfléchissante peut évoquer un paysage cosmique. Un programme révèle des glitches dans une image. Des perturbations d’eau deviennent des visages pour un système de reconnaissance faciale. Une photographie envoyée vers la Lune revient transformée par son trajet. Un bruit d’eau injecté dans un modèle entraîné sur des visages fait apparaître une figure.

Les images qui en résultent semblent généralement plausibles au premier regard. Mais en s’y attardant, un doute apparaît : elles se situent dans un entre-deux, entre observation et interprétation, document et fiction.

Je m’intéresse à ces moments où un dispositif révèle une image possible dans une trace, et à la manière dont nous sommes prêts à y croire.

Espace

Espace

Cette série naît d’un phénomène lumineux ordinaire, observé puis attendu. Des reflets sur une surface domestique prennent l’apparence d’objets célestes identifiables. L’image convoque un imaginaire scientifique largement partagé, tout en reposant sur une réalité triviale. Le doute s’installe dans l’écart entre ce que l’on croit reconnaître et ce que l’on découvre en s’approchant.

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Univers chiffonné

Univers Chiffonné

À partir d’hypothèses cosmologiques aujourd’hui infirmées, ce projet met en scène un espace où les images se répètent et se dédoublent. Le dispositif produit une illusion de profondeur et de multiplicité, suggérant un monde plus vaste qu’il ne l’est réellement. Ici, le réel n’est pas nié, mais plié, réorganisé, donnant naissance à une fiction scientifique construite sur des bases fragiles.

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Métamorphose

Métamorphoses

Entre 1977 et aujourd’hui, les sondes Voyager et Cassini ont traversé le système solaire extérieur. Elles ont capté des ondes électromagnétiques au plus près des planètes géantes. Ces sons ont été injectés dans la mémoire d’un modèle génératif entraîné sur des visages humains. Ce qu’il en a fait n’était pas prévu.

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Glitches

Glitches

Cette série repose sur l’injection volontaire de fragments de code issus d’images différentes. Le fichier devient un terrain d’hybridation, où deux photographies se contaminent mutuellement. Ce processus fait écho aux mécanismes du code génétique : un échange d’informations, une altération minime, capable de transformer profondément la forme finale.

Les images qui en résultent semblent instables, parfois défectueuses, comme si leur identité vacillait. Le glitch n’est pas ici une erreur, mais une métaphore : celle d’un réel composé de strates, de transmissions et de mutations. Ce qui apparaît à l’image est moins un accident qu’un état intermédiaire, issu du mélange de deux origines distinctes.

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Box
The Box

The Box

The Box propose une expérience de perception fondée sur la mise au point et l’accommodation de l’œil. Le dispositif repose sur la superposition de photographies prises à des moments différents, suspendues devant une source lumineuse. En modifiant volontairement la netteté, le regard oscille entre plusieurs plans temporels : une image apparaît, puis une autre, sans que l’ensemble puisse être perçu simultanément de manière stable.

Ce glissement permanent entre flou et netteté transforme l’acte de voir en exploration. La perception devient un espace incertain, où le présent se mêle à des traces du passé immédiat. The Box interroge ainsi la fiabilité du visible : ce que l’on croit voir dépend autant de l’attention portée que des limites physiques de l’œil. Le réel n’y est jamais donné comme une évidence, mais comme une construction fragile, toujours en train de se recomposer.

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Unfolded self portrait

Auto-Portrait Déployé

Le scanner à plat impose une capture lente, où le visage se construit par balayage. Pendant ce temps, le réel change : le regard se déplace, l’expression évolue, et l’image finale rassemble des instants qui ne peuvent normalement pas être vus en même temps.

L’autoportrait devient alors une image composite, où plusieurs moments coexistent. Il interroge la stabilité de l’identité et montre que le réel, même le plus intime, se dérobe dès qu’on tente de le fixer.

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