UNIVERS CHIFFONNÉ

Ce projet prend pour origine une hypothèse aujourd’hui abandonnée de l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet : celle d’un « univers chiffonné », dont la forme topologique produirait des répétitions, des échos visuels, des images fantômes de galaxies. Dans ce modèle, l’Univers ne s’étend pas seulement : il se replie sur lui-même, générant des trajectoires qui se croisent, se répètent et se dédoublent. Le cosmos devient alors un espace de récits multiples, où une même apparition peut avoir plusieurs origines.

L’expérience proposée ici consiste à réactiver cette hypothèse comme une fiction opératoire. Le dispositif met en scène un « espace hyper-torique » dans lequel la lumière circule sans début ni fin : ce qui disparaît par une face réapparaît instantanément par une autre, comme si l’espace refusait toute conclusion. Chaque rayon lumineux devient un fragment d’histoire condamné à se rejouer.

Le cube — composé de cinq miroirs carrés et d’une vitre recouverte d’un film réfléchissant semi-transparent — fonctionne comme un simulateur cosmologique minimal. Les objets lumineux introduits à l’intérieur produisent des images instables, démultipliées, parfois contradictoires. Il devient impossible de déterminer si une image est l’originale ou le double, si l’on observe un événement unique ou la répétition d’un même phénomène à différents moments du récit spatial.

Les images résultantes n’affirment pas une vérité scientifique. Elles construisent un champ de possibles. Chacune constitue une bifurcation narrative, une hypothèse visuelle sur ce que pourrait être un Univers sans centre ni limite, où l’observation elle-même engendre des mondes parallèles.

Si les modèles cosmologiques de Jean-Pierre Luminet ont été invalidés par les observations du télescope spatial Planck, cette invalidation devient ici un point de départ. Le projet se situe dans cet espace laissé vacant par les théories abandonnées : un territoire fertile où la science cesse de décrire le réel pour nourrir des récits spéculatifs, des fictions de l’espace, et des manières alternatives d’habiter l’infini.

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