Entre 1977 et aujourd’hui, deux sondes spatiales — Voyager et Cassini — ont traversé le système solaire extérieur. En passant au plus près des planètes géantes et de leurs lunes, elles ont capté des ondes électromagnétiques naturelles et les ont transmises vers la Terre. La NASA les a traduites en sons et rendues publiques.
Ce sont ces sons-là — et uniquement ceux-là — que j’ai utilisés.
Un modèle entraîné à reconnaître des visages humains ne sait faire qu’une chose : produire des visages. Quand on lui soumet des données qu’il n’a jamais rencontrées — des signaux venus de l’espace profond, sans visage, sans corps, sans intention — il hallucine. Il produit quand même quelque chose. Ce quelque chose est inattendu, incontrôlable, parfois troublant.
Ovide racontait des corps traversés par une force invisible et transformés en autre chose — sans l’avoir voulu, sans retour possible. Ici c’est un signal électromagnétique qui traverse un dispositif et devient visage. La métamorphose est la même : impersonnelle, inattendue, irréversible.
Neuf objets célestes. Neuf portraits. Face à la profusion des images générées, le geste artistique n’est pas un choix parmi des variantes — c’est un choix parmi des intensités. Plus je pousse, plus le visage se déforme, se trouble, s’éloigne de toute ressemblance humaine. Je m’arrête là où quelque chose m’arrête. Ce portrait-là, pas un autre.
Ces portraits ne sont pas des illustrations. Ils sont la trace d’un signal.