PAREIDOLIES
Un bassin peu profond, fond noir, au centre de l’espace. Un bulleur agite l’eau en continu — ou des gouttes tombent, régulières, indifférentes. Le visiteur s’approche, observe. Et parfois — pas toujours, pas sur commande — la machine détecte un visage.
Paréidolies s’appuie sur un paradoxe volontaire : utiliser un logiciel de reconnaissance faciale — outil conçu pour identifier des visages humains réels avec la plus grande précision possible — pour détecter des visages là où il n’y en a pas. Dans les rides de l’eau, dans les turbulences, dans les formes fugaces que créent les remous sur fond noir.
Ce faisant, l’installation retourne l’outil contre lui-même. L’imprécision du modèle de détection — sa tendance à voir des visages dans des structures symétriques, des zones de contraste — devient sa vertu poétique. La machine fait ce que le cerveau humain fait naturellement : elle projette.
Quand la détection se produit, le flux vidéo se fige pendant deux à trois secondes. L’image du remou — brute, non recadrée — s’affiche en grand sur le mur. Le son de l’eau est amplifié en continu dans l’espace : le mouvement permanent du bassin a une présence physique et sonore qui déborde le dispositif.
L’archive grandit silencieusement sur la carte mémoire : une collection de visages que personne n’a voulus, que l’eau et le hasard ont formés, que la machine a reconnus.
Paréidolies est la seconde partie d’un diptyque, elle est la symétrique de Les Visages de l’Eau.