ETERNITE
Ils ont 188 ans à eux deux, 94 chacun. Je vais les voir tous les deux mois dans le centre de la Bretagne. De visite en visite, rien ne semble bouger dans leur maison : les objets que j’ai quittés à une place l’ont conservée pendant les deux mois qui me séparent de ma dernière visite.
Il est des lieux où le temps semble s’être arrêté, comme si une époque avait été figée dans l’espace. À chaque visite, je retrouve les mêmes détails : objets, photographies, cadres, bibelots. Cette répétition donne l’impression d’un présent immobile, presque « solide », comme si la vie avait pris une forme stable, arrêtée, et ne devait plus bouger.
L’« éternité » dont il est question ici n’est pas une idée grandiose, mais une sensation très concrète : celle d’un présent qui ne change pas. Les objets restent à leur place, sans que l’on perçoive de trace visible du passage du temps. Ils deviennent les témoins d’une permanence silencieuse et laissent affleurer une légère nostalgie, comme un voile discret posé sur un monde qui semble ne plus évoluer. Le projet ne raconte pas une histoire : il montre cette immobilité du réel, cette sensation d’un présent figé.
Dans la continuité des autres séries, il interroge la même question : qu’est-ce que le réel, sinon ce que nous percevons et reconstruisons ? Ici, la stabilité apparente devient elle aussi une forme d’illusion — une construction du regard, un temps suspendu qui se lit comme une image.




















